Nettoyer l'atmosphère : comment la technologie suisse capture le CO₂ de l'air
La capture directe de l'air (DAC) rend l'impossible possible : le CO₂ est filtré directement dans l'atmosphère et stocké de manière permanente sous forme de roche. Développée en Suisse et perfectionnée dans les paysages volcaniques d'Islande, cette technologie ouvre une nouvelle voie dans l'effort mondial visant à atteindre la neutralité carbone.
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Purifier l'air grâce à la capture directe de l'air
Imaginez un aspirateur géant pour le ciel. C'est le principe à l’origine de la capture directe de l'air (DAC), une technologie conçue pour éliminer le dioxyde de carbone (CO₂) directement de l'air ambiant. Contrairement aux systèmes traditionnels de capture du carbone installés sur les sites industriels, les machines DAC peuvent fonctionner presque partout, filtrant les gaz à effet de serre déjà présents dans l'atmosphère.
Le processus est à la fois simple dans son concept et très avancé dans sa mise en œuvre. De grands ventilateurs aspirent l'air dans des collecteurs modulaires contenant des filtres spécialisés qui se lient chimiquement au CO₂. Une fois saturés, les filtres sont chauffés à environ 100 °C à l'aide d'énergie renouvelable, libérant le dioxyde de carbone capturé sous forme de gaz concentré prêt à être stocké de manière permanente ou réutilisé. Cette approche a fait des machines DAC l'une des technologies d'élimination du carbone les plus suivies dans les discussions mondiales sur le climat.
Climeworks et l'essor de la technologie suisse de capture du carbone
La Suisse a joué un rôle central dans le développement de ce domaine grâce à Climeworks, une entreprise fondée en 2009 en tant que spin-off de l'ETH Zurich. Au cours de la dernière décennie, l'entreprise est passée de la recherche en laboratoire au déploiement à l'échelle industrielle, développant plusieurs générations de systèmes de capture directe de l'air. Ses installations en Islande, notamment Orca et l'usine Mammoth récemment mise en service, illustrent comment la recherche suisse contribue à bâtir une nouvelle industrie des technologies climatiques.
Pourquoi l'Islande est-elle devenue une plaque tournante du stockage du carbone ?
L'Islande est devenue un site stratégique pour cette technologie pour deux raisons. Premièrement, le pays dispose d'une énergie géothermique abondante, essentielle pour alimenter le processus de captage, très gourmand en énergie, avec de l'électricité et de la chaleur à faible émission de carbone. Deuxièmement, les formations rocheuses souterraines de basalte du pays permettent de stocker de manière permanente le CO₂ capturé grâce à une minéralisation rapide. Une fois mélangé à de l’eau et injecté sous terre, le gaz réagit naturellement avec la roche volcanique et se transforme en pierre en moins de deux ans. Cette méthode de stockage a été développée en collaboration avec le partenaire islandais Carbfix.
Les défis liés à la capture de l'air
Cependant, cette technologie reste confrontée à des défis de taille. La capture directe de l'air reste coûteuse et très gourmande en énergie, tandis que son déploiement à grande échelle n'en est encore qu'à ses débuts. Les conditions d'exploitation peuvent également affecter les performances. En Islande, les conditions météorologiques difficiles ont parfois compliqué le fonctionnement de certains systèmes. Ce cas illustre les défis liés au déploiement à grande échelle de nouvelles technologies climatiques dans des conditions réelles.
Climeworks élargit son offre de solutions de capture du carbone
Climeworks s'est également diversifiée au-delà de sa propre infrastructure de capture directe de l'air (DAC). Depuis 2024, l'entreprise a développé des portefeuilles de solutions de suppression du dioxyde de carbone combinant des approches techniques et basées sur la nature. L'objectif est d'adapter les stratégies de suppression du carbone aux différents besoins des clients, notamment en termes de permanence, de budget, de délais et de co-bénéfices environnementaux. Chaque solution est évaluée selon des critères établis par des scientifiques avant d'être intégrée à ces portefeuilles. Aujourd'hui, Climeworks collabore avec près de 200 entreprises à travers le monde qui cherchent à réduire leurs émissions résiduelles grâce à l'élimination du carbone.
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Pourquoi l'élimination du carbone est-elle importante pour les objectifs climatiques ?
Malgré les limites actuelles, le consensus scientifique tend de plus en plus à indiquer que la réduction des émissions ne suffira pas à elle seule à atteindre les objectifs climatiques mondiaux. Le dioxyde de carbone déjà accumulé dans l'atmosphère devra également être capté à grande échelle. Dans ce contexte, la capture directe de l'air est de plus en plus considérée non pas comme une solution unique, mais comme un élément d'une stratégie climatique plus large.
Une technologie encore en cours de développement
Pour Climeworks et l'ensemble du secteur de la capture directe du CO₂, la phase actuelle est donc autant axée sur l'apprentissage et le développement industriel que sur la mise à l'échelle globale. De nouvelles générations de filtres, une consommation d'énergie réduite et des installations plus grandes sont déjà en cours de test. Ce qui a commencé comme un projet de recherche suisse contribue aujourd'hui à l'émergence d'une industrie mondiale de la capture du carbone, transformant un concept autrefois théorique en une solution climatique mesurable et de plus en plus accessible.